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Bordet News n° 73 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)
L'anatomopathologiste et les lésions pigmentées
Le mélanocyte est la cellule chargée délaborer le pigment mélanique responsable de la pigmentation cutanée.
Différents types de lésions pigmentées peuvent être observées. Les éphélides ou tâches de rousseur ne sont dues quà une simple hyperpigmentation des cellules de lépiderme sans prolifération mélanocytaire associée. Les lentigos bénins et les naevi correspondent à une prolifération bénigne de mélanocytes. Le mélanome, quant à lui, est caractérisé par une prolifération maligne de mélanocytes.
![]() Fig 1: Dissection de la pièce |
En Europe, le taux annuel de nouveaux cas de mélanome est denviron 10 à 15 pour 100.000 individus. Lincidence du mélanome a plus que doublé en 10 ans. Cette lésion est très rare avant la puberté, son incidence augmente avec lâge et son pic de fréquence maximale se situe entre 30 et 49 ans.
Approximativement, un quart des mélanomes se développent sur naevus préexistant et trois quarts se présentent de novo. Lexérèse prophylactique de toutes les lésions pigmentées est utopique. Pour décider du caractère suspect dune lésion, le clinicien va se baser sur les critères ABCDE : A pour asymétrie, B pour bords irréguliers, C pour couleur inhomogène, D pour grand diamètre et E pour évolution ou modification de laspect de la lésion. Face à une lésion ambiguë ou suspecte, une exérèse, complète si possible, simpose.
La pièce dexérèse est alors envoyée au laboratoire de pathologie où elle sera coupée en tranches fines (Figure 1). Celles-ci passeront par diverses étapes techniques afin daboutir à la réalisation dune lame qui pourra être examinée au microscope par lAnatomopathologiste (Figure 2). Celui ci confirmera ou infirmera la nature mélanocytaire de la lésion. En effet, des lésions telles que les verrues séborrhéiques ou les carcinomes basocellulaires (autres tumeurs cutanées) peuvent être pigmentées et cliniquement confondues avec une prolifération mélanocytaire .Le pathologiste tranchera ensuite quant au caractère bénin ou malin de la tumeur. Il évaluera également la qualité de lexérèse (exérèse complète ou partielle).
![]() Fig 2: Lame pour examen au microscope |
Face à un mélanome, le pathologiste évaluera la lésion selon des critères standardisés qui ont une valeur pronostique capitale.
Les critères «histo-pronostiques» majeurs sont au nombre de 5 : cliquez ici pour visualiser les figures de 3 à 6).
1) Le type histologique : il existe différentes sous-catégories où les mélanomes sont classés en fonction de leur morphologie mais également de leur topographie.
2) Lindex de Breslow qui est une mesure en millimètre de lépaisseur de la lésion
3) La profondeur dinvasion (niveau de Clark et Mihm) qui dépend de linfiltration tumorale dans les diverses couches de la peau : épiderme, derme superficiel, derme profond et hypoderme (ou graisse sous cutanée) (Figure 3).
4) La présence ou non dune ulcération
5) Lindex mitotique qui est défini par le nombre de cellules en division par champ du microscope
Pour exemple, le mélanome des Figures 4 et 5 est nodulaire et ulcéré. Il mesure 2,7 mm dépaisseur et entreprend le derme profond. De nombreuses mitoses sont présentes.
Le résultat de lexamen Anatomopathologique a donc une valeur pronostique. Il conditionne également la prise en charge ultérieure du patient : étendue de lexérèse large (exérèse complémentaire autour de la cicatrice) et réalisation éventuelle de la technique du ganglion sentinelle. Celle-ci correspond à la recherche et lexérèse du premier ganglion de drainage de la zone de peau où se trouve le mélanome. Le pathologiste lui portera une attention toute particulière. En effet, afin dy détecter la présence de seulement un petit nombre de cellules cancéreuses (micro métastase), le pathologiste utilisera des techniques dimmunohistochimie. Celles-ci consistent en lutilisation danticorps marqués par un chromogène et dirigés contre des constituants cellulaires; des mélanocytes en loccurrence (Figure 5).
Le rôle de lAnatomopathologiste, bien que peu connu, est essentiel et une étroite collaboration entre les cliniciens et les pathologistes est cruciale pour une prise en charge optimale des patients.
Dr A. Theunis
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Bordet News 73 : Avril - Mai - Juin 2005


