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Bordet News n°74
L'Etude HERA (page 9)
L'Etude
HERA : Une expérience passionnante et sans précédent dans l'histoire des essais adjuvants pour le cancer du sein
Professeur Martine Piccart, Chef du Service de Médecine
Pour les superstitieux, lacronyme HERA (HERcetin Adjuvant) ne pouvait que porter bonheur à la plus grande étude « adjuvante cancer du sein » jamais réalisée avec un agent « biologique » ciblé !
Fille de Cronos et de Rhea, soeur et épouse de Zeus, Hera est devenue par son mariage la plus grande déesse olympienne. Elle est la protectrice des femmes, du mariage légitime et de la fécondité. Elle est représentée sous les traits dune belle jeune femme, aux traits sévères, aux cheveux longs retenus par un diadème, vêtue dune tunique et enveloppée dun long voile.
Elle est devenue en 2005 un symbole despoir pour la communauté oncologique et plus particulièrement pour les femmes atteintes dun cancer du sein porteur dun nombre anormalement élevé d« Antennes » appelées récepteur neu, qui sensibilisent la tumeur à des facteurs de croissance ambiants et lui confèrent par voie de conséquence une agressivité particulière.
Elle est devenue également lemblème de la force que représente la collaboration à travers le monde. Létude HERA, en effet, est un modèle daccélération du développement de médicaments innovateurs susceptibles daméliorer sensiblement le pronostic de cancers biologiquement agressifs : lHerceptine, un anticorps qui « bloque » lantenne HER-2, entrave en effet laction des facteurs de croissance tumoraux sur les cancers du sein présentant des récepteurs HER-2.
Il faut espérer que les procédures bureaucratiques denregistrement de la molécule par la Food and Drug Administration (FDA) et lEuropean Agency for the Evaluation of Medicinal Products (EMEA) et les instances nationales seront, elles aussi, accélérées, permettant à toutes les femmes susceptibles de bénéficier du traitement dy accéder.
Quelle est loriginalité de létude HERA ?
LHerceptine est remboursée en Belgique depuis 2002, mais uniquement dans le cadre dune récidive dun cancer du sein HER-2 positif : si elle montre dans ce contexte une activité déjà remarquable, avec de longues rémissions et peu deffets secondaires (on parle dune perfusion de 90 minutes toutes les trois semaines sans nausées, sans perte de cheveux et sans fatigue), elle noffre, à ce stade de la maladie, que des chances minimes de guérison.
Létude HERA pose la question de lefficacité du médicament à un stade beaucoup plus précoce de la maladie en situation dite adjuvante (cest-à-dire lorsque la maladie semble limitée au sein et aux ganglions de drainage sous le bras). Elle compare le traitement classique (chirurgie chimiothérapie radiothérapie et éventuelle hormonothérapie), sans Herceptine au même traitement suivi dune année ou de deux années dHerceptine sous forme de perfusions toutes les trois semaines.
Elle complète de manière élégante trois études américaines au design quelque peu différent : comme le montre le tableau 1, ces études ont en effet, choisi dadministrer lHerceptine plus précocement et en combinaison avec des régimes de chimiothérapie populaires aux Etats-Unis alors que létude HERA instaure lherceptine après la chimiothérapie. Par ailleurs, létude HERA, réalisée grâce à la participation de 478 centres répartis dans 38 pays (en dehors des USA), se révèle dapplication beaucoup plus large puisquelle autorisait toute une liste de régimes de chimiothérapie dusage courant dans les pays concernés. Elle est aussi la seule étude qui investigue un traitement de deux années dHerceptine : il faudra toutefois attendre deux à trois ans pour connaître lefficacité comparative de deux versus une année de traitement.
En quoi les résultats de létude HERA sont-ils impressionnants ?
Cest la première fois, dans lhistoire des essais cliniques adjuvants du cancer du sein, quun médicament nouveau montre, au travers de trois essais randomisés (HERA et deux des trois essais américains du tableau 1 présentés simultanément), un impact profond et précoce sur le cours naturel de la maladie : à savoir une réduction de moitié des rechutes tout venant et plus particulièrement une réduction de moitié des rechutes à distance du sein, réputées non guérissables. Une amélioration de survie est déjà décelée dans les deux études américaines qui ont été « poolées » pour augmenter la puissance statistique et qui ont un suivi médian plus long que létude HERA (deux ans au lieu dune année).
Dans un langage plus accessible à nos patientes, on peut dire que le traitement à base dHerceptine augmente de 8% les chances de ne pas avoir de rechute à deux ans de la maladie (étude HERA), ce chiffre étant de 17% à 4 ans dans les études américaines un peu plus « matures ».
Le prix à payer pour ce progrès thérapeutique marquant est un risque dinsuffisance cardiaque sévère, chiffré aux alentours de 0.5% dans létude HERA et 3,3 à 4% dans les études américaines.
Le rapport bénéfice/risque est favorable au vu du risque vital que représente une rechute « à distance » du sein et il faut espérer quil ne saltèrera guère avec un plus long suivi.
Lémotion, en tout cas, était à son comble dans la salle de congrès à Orlando (meeting de lASCO 2005) lorsque ces résultats furent communiqués aux participants!
En quoi létude HERA est-elle un « modèle » de collaboration ?
HERA est la plus vaste étude adjuvante jamais réalisée dans le cancer du sein (voir tableau ci dessous). A son rythme de croisière, elle enrôlait chaque mois 200 femmes « éligibles » et ce malgré la relative rareté des cancers du sein HER-2 positifs (environ 15 à 20% des cancers du sein).
Bien que débutée plus tardivement que les études américaines, elle a complété lenrôlement de ses 5982 patientes en 3 années !
HERA, cest aussi la mise en place difficile, mais pleinement réussie, dun nouveau modèle de collaboration avec lIndustrie pharmaceutique (en loccurrence ROCHE) : ce « modèle » garantit lindépendance académique, la qualité des données en vue de lenregistrement et lefficience dans la prise des décisions. Cette dernière fut illustrée par un parcours olympique, hors du commun : révélation des résultats positifs par le Comité indépendant de Surveillance de lEtude fin avril, présentation à lASCO le 16 mai, soumission du manuscrit au New England le 16 juin, acceptation du manuscrit par le New England le 19 juillet !
En tant que «chairman» de cette étude, jaimerais exprimer à tous ceux et celles qui ont contribué à son succès ma plus vive reconnaissance ; aux femmes courageuses qui ont accepté de participer, jaimerais exprimer mon profond respect.
| RESUME DES ETUDES HERCEPTINE (H) ADJUVANTES | |||||
| Etude | Design | Taille de l'étude |
Objectif principal |
||
| NSABP B31 |
AC x 4 | >>> | - Paclitaxel toutes les 3 sem x 4* - Paclitaxel toutes les 3 sem x 4 + H* |
N ª2700 | OS |
| Intergroup N9831 |
AC x 4 | >>> | - Paclitaxel 1x sem x 12 - Paclitaxel 1x sem x 12 >>> H - Paclitaxel 1x sem x 12 + H |
Nª3000 | DFS |
| BCIRG 006 |
ACx 4 AC x 4 |
>>> >>> |
- Docetaxel toutes les 3 sem x 4 - Docetaxel toutes 3 les sem x 4 + H |
N ª3000 | DFS |
| Carboplatin + docetaxel toutes 3 sem x 6 + H | |||||
| HERA | Nimporte quelle CT +/- RT |
>>> | - H toutes les 3 sem** x 12 mois - H toutes les 3 sem** x 24 mois - Observation |
N ª4482 | DFS |
| * Cette étude a été amendée pour permettre de donner le paclitaxel 1x par semaine ** Herceptine toutes les 3 semaines à 6 mg/kg. DFS = Disease free survival (survie sans maladie) OS = Overall survival (survie globale) A = Adriamycine C = Cyclophosphamide H = Herceptin® CT= Chimiothérapie RT = Radiothérapie |
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Bordet News 74 : Juillet - Août - Septembre 2005
