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Bordet News n°76 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)
La motivation à arrêter de fumer : un concept complexe
Tout le monde le sait, le tabagisme est responsable de nombreuses maladies mortelles.
Comment expliquer dès lors que 20 à 40 % de la population fume ? La motivation est un concept central dans la compréhension du comportement tabagique. Fumer et savoir que ce comportement implique un danger génère un inconfort mental que le fumeur va devoir gérer. Face à cet inconfort, deux solutions s’offrent à lui : l’une consiste à modifier son comportement, c’est-à-dire à arrêter de fumer, l’autre à modifier de manière inconsciente sa perception des risques, ce qui lui permet de maintenir son comportement tabagique. Vu le nombre de fumeurs et les difficultés qu’éprouvent ces derniers à arrêter, c’est cette deuxième solution qui est généralement privilégiée. Celle-ci mène à des « erreurs » dans la perception des risques. Les fumeurs ont en effet tendance à sous-estimer et/ou à oublier les risques associés au tabagisme, à se percevoir comme moins susceptibles d’y être confrontés. Ces modifications de la perception des risques permettent aux fumeurs de ne percevoir que les aspects positifs qu’ils attribuent à la cigarette (faire passer le temps, gérer le stress, s’offrir un moment de plaisir, se stimuler intellectuellement...).
Le fumeur ne reste cependant pas longtemps satisfait de son comportement tabagique. On peut en effet imaginer combien les modifications de la perception des risques sont fragiles et combien les campagnes de prévention viennent mettre à mal ces fausses perceptions. Il peut néanmoins s’écouler plusieurs années entre les premiers sentiments d’insatisfaction et l’arrêt du comportement tabagique. La construction d’une motivation suffisante à arrêter de fumer prend du temps. Cette motivation est soumise à de multiples fluctuations Ainsi, un fumeur peut être motivé à arrêter de fumer en sortant d’une consultation avec son médecin et ne plus l’être deux heures plus tard !
La motivation fluctue entre 2 extrémités : celle où le sujet est satisfait de son tabagisme et ne désire pas arrêter de fumer, et celle où il est satisfait de son sevrage et ne désire plus fumer. Ainsi, trois interventions peuvent être mises en place en fonction de la motivation du sujet : entretien motivationnel, aide au sevrage et prévention des rechutes. La première concerne les fumeurs qui ne sont pas encore motivés à arrêter. Elle a pour objectif de les aider à se construire une motivation au sevrage suffisante pour vouloir arrêter. Elle est principalement axée sur la prise de conscience des risques associés au comportement tabagique et le sentiment de vouloir et de pouvoir mettre fin à ce comportement. La seconde intervention concerne les fumeurs motivés à arrêter et désirant recevoir de l’aide pour y parvenir. Elle est axée sur l’information, le soutien et la recherche de stratégies permettant la gestion des symptômes de manque induits par l’arrêt. La troisième intervention concerne les ex-fumeurs. Elle vise à éviter les rechutes qui peuvent survenir encore des mois voire des années après l’arrêt. Elle est axée sur l’information des risques de rechutes, le maintien de la motivation au sevrage, l’identification et la gestion des situations perçues comme difficiles cibles.
La motivation est donc un concept complexe qui évolue avec le temps. En effet, le fumeur développe parallèlement à une motivation à fumer (associée aux effets positifs perçus) une motivation à arrêter (associée aux effets négatifs perçus). Ces deux motivations fluctuent . Pour arrêter de fumer et consolider cette interruption, il faut que la deuxième « persiste et domine » la première. Pour cela, 3 types d’interventions existent et sont recommandées en fonction des besoins de chacun.
J. BECKERS*, C. MAYER* et Prof. Darius RAZAVI**
* Centre pour le traitement du tabagisme du CAF de l’Institut Jules Bordet
** Clinique de Psycho-Oncologie et des Soins Supportifs de l’Institut Jules Bordet
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Bordet News 76 : Avril 2006
