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Bordet News n°76 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Nouvelles techniques de Dépistage du cancer bronchique

Le cancer bronchique - aussi appelé cancer pulmonaire ou bronchopulmonaire - représente un problème majeur de santé publique. Il est la principale cause de mort par cancer dans les pays industrialisés. En Belgique, il est responsable de 10% des années de vie perdues chez l’homme et il est la première cause de décès entre 50 et 65 ans, avant les maladies cardiovasculaires.
 

Contrairement à la plupart des autres affections malignes, le cancer bronchique a comme particularité d’être une maladie dont la principale cause est bien connue puisque 90% des cas sont dus au tabagisme. La population à risque est donc bien identifiée et on pourrait donc théoriquement mener des opérations de prévention et de dépistage bien ciblées.

 

Des tentatives de dépistage du cancer pulmonaire par radiographie thoracique et examen des expectorations ont été réalisées dans les années septante, dans des populations de grands fumeurs. L’idée était de trouver, avant l’apparition de symptômes (toux, infection respiratoire, crachat teinté de sang…), la présence d’une lésion à la radiographie des poumons ou de cellules suspectes de malignité à l’examen microscopique des expectorations.

 

Une demi-douzaine d’études à large échelle, comprenant chacune entre dix à vingt mille sujets, ont été conduites en Amérique et en Europe avec des résultats décevants. Si un dépistage répété a permis de diagnostiquer plus de tumeurs à un stade plus précoce, il n’y a pas eu d’amélioration de la mortalité due au cancer bronchique. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette observation, notamment l’interférence de la poursuite du tabagisme chez les sujets dépistés (rassurés par la négativité des examens) alors que les sujets témoins, conscients de servir de groupe contrôle, pourraient avoir réduit leur consommation de tabac. Certains ont avancé que l’exposition répétée aux rayons X aurait facilité la survenue de plus de tumeurs chez les sujets dépistés.

 

Ces résultats négatifs ont conduit à ne pas recommander le dépistage du cancer bronchique par la radiographie ordinaire du thorax et de concentrer les efforts de prévention sur la lutte contre le tabagisme.

 

Néanmoins, vu le risque majeur pour le fumeur de mourir d’un cancer bronchique (c’est le cas d’un fumeur régulier sur six en Belgique), les médecins tentent de développer de nouvelles méthodes plus efficaces de dépistage : la tomodensitométrie thoracique (“Scanner”), l’examen endoscopique des voies respiratoires avec une technique particulière appelée photodétection, la recherche de marqueurs moléculaires spécifiques d’anomalies génétiques liées au cancer dans les expectorations dans ces populations à haut risque.

 

A l’heure actuelle, le dépistage par scanner thoracique est l’approche pour laquelle il existe le plus de données. On utilise une technique avec des faibles doses d’irradiation et sans injection de produits de contraste. Les travaux publiés jusqu’à présent ont montré que le scanner permettait de dépister de l’ordre de 4 à 18 tumeurs pulmonaires (la plupart de petite taille) pour mille fumeurs dépistés. Il n’existe pas d’études randomisées, sur le sujet, c’est-à-dire des études où des gros fumeurs ont été tirés au sort pour suivre un dépistage ou non. Il est peu probable que de bonnes études de ce type soient réalisées, notamment en raison du développement de la technologie des scanners qui deviennent de plus en plus performants, rendant obsolètes les anciens travaux.

 

La photodétection est un examen où l’on va examiner par voie endoscopique les principales bronches en recourant à l’analyse de l’autofluorescence de la muqueuse sous l’effet d’une lumière produite par un rayon laser. Cette technique a l’avantage d’être très sensible. Les lésions précancéreuses et cancéreuses très précoces souvent mal identifiables par bronches en lumière ordinaire apparaissent comme des “trous” de fluorescence. Une biopsie permet d’en déterminer la nature exacte. Cette technique est complémentaire au scanner : elle permet d’identifier les lésions proximales du poumon alors que le scanner est orienté vers les anomalies plus profondes. Il s’agit cependant d’un examen invasif et long qui ne peut être appliqué en routine à tout fumeur. Il est utilisé à l’Institut Jules Bordet pour des sujets à haut risque comme par exemple des patients porteurs d’un premier cancer bronchique ou cervico-facial ou dans le suivi d’une tumeur opérée, ce sur base de travaux réalisés par notre équipe à l’unité de photodétection (1-2). Une voie de recherche particulièrement prometteuse est la recherche, sur les prélèvements effectués dans les bronches, d’anomalies biologiques prédictives d’un futur cancer bronchique (3-4). Ceci permettrait une intervention thérapeutique curative avant qu’une tumeur avérée n’apparaisse avec tous les risques y attenant. Le laboratoire de cancérologie pulmonaire de l’Institut Jules Bordet conduit une série d’études dans ce domaine, avec le soutien du FRSM et des Amis de l’Institut.

 

Prof. Jean-Paul SCULIER

Unité de Soins Intensifs Médico-Chirurgicaux & Oncologie Thoracique.

 

BIBLIOGRAPHIE

(1) Pierard P, Vermylen P, Bosschaerts T, Roufosse C, Berghmans T, Sculier JP, et al. Synchronous roentgenographically occult lung carcinoma in patients with resectable primary lung cancer. Chest 2000 Mar;117(3):779-85.

 

(2) Vermylen P, Pierard P, Roufosse C, Bosschaerts T, Verhest A, Sculier JP, et al. Detection of bronchial preneoplastic lesions and early lung cancer with fluorescence bronchoscopy: a study about its ambulatory feasibility under local anaesthesis. Lung Cancer 1999 Sep;25(3):161-8.

 

(3) Meert AP, Verdebout JM, Martin B, Ninane V, Feoli F, Sculier JP. Epidermal growth factor receptor expression in pre-invasive and early invasive bronchial lesions. Eur Respir J 2003 Apr;21(4):611-5.

 

(4) Meert AP, Feoli F, Martin B, Verdebout JM, Mascaux C, Verhest A, et al. Ki67 expression in bronchial preneoplastic lesions and carcinoma in situ defi ned according to the new 1999 WHO/IASLC criteria: a preliminary study. Histopathology 2004 Jan;44(1):47-53.

 

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Bordet News 76 : Avril 2006

   

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