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Bordet News n°78 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Cancer du sein : Adaptation aux traitements et …
le soutien psychologique à l’Institut Jules Bordet

Les progrès thérapeutiques réalisés dans le cadre du cancer du sein ont changé l’horizon de bien des malades. Aujourd’hui et ce tout particulièrement en ce qui concerne le cancer du sein, la guérison est de plus en plus de l’ordre du possible. Les maladies cancéreuses sont devenues des affections chroniques associées à un avenir incertain alors qu’hier elles étaient bien souvent fatales. Ce changement de statut étend le champ d’intervention des professionnels de la santé à celui de la réadaptation et de la réhabilitation des patientes atteintes d’un cancer et de leur famille.

 

Lors de la phase diagnostique, l’idée “j’ai un cancer” confronte les patientes au futur et à la durée de leur vie.

La maladie cancéreuse est en effet à l’origine d’une série de réactions qui peuvent être cognitives, émotionnelles et comportementales. L’adaptation psychologique vise à préserver l’intégrité psychique et physique, à récupérer les troubles réversibles, et à compenser les troubles irréversibles. A chaque phase de la maladie, les réactions psychologiques opèrent une intégration complexe entre la mémoire des expériences passées, la perception des menaces futures et les ressources disponibles (état physique, personnalité, soutien psychosocial). Ces réactions peuvent mener à une adaptation ou à des difficultés d’adaptation. La détresse émotionnelle qui peut s’en suivre et se traduit en termes d’anxiété et de dépression peut donc être provoquée par différents facteurs.

 

Après le choc de l’information que certains traduisent comme “un coup reçu”, la patiente tente de se resituer et de se redéfinir par rapport à son environnement immédiat. Alors que chez certaines patientes cette réalisation peut apparaître de façon brusque, chez d’autres elle peut s’installer progressivement. La confirmation d’un diagnostic de cancer peut donc pour certaines patientes être associée à une sentence de mort et à une catastrophe. Les préoccupations sont alors d’abord principalement existentielles. Pensées relatives à la mort, sentiment de vulnérabilité, détresse émotionnelle (pessimisme, désespoir, anxiété) s’associent à une remise en question des relations avec le monde environnant qu’il soit familial, social ou professionnel. Le diagnostic ouvre une crise personnelle et relationelle. L’expérience du cancer consiste ainsi en une crise nécessitant une série d’adaptations continues. La vie habituelle, les projets sont tout à coup interrompus. Des changements doivent s’opérer au niveau de l'image de soi, du corps, des rôles, des perspectives temporelles.

 

Après la phase du diagnostic, la phase du traitement implique d’importants efforts d’adaptation qui dépendront de son degré d’agressivité et de sa durée. Sur le plan psychologique, les cancers féminins et leurs traitements portent tout particulièrement atteinte à l’image du corps et aux relations de couple. Des interventions chirurgicales telles que la mastectomie sont des menaces supplémentaires pour l’équilibre psychologique, sexuel, et conjugal ultérieur de ces patientes. La mastectomie aura un sens tout différent pour les patientes, selon le degré de réalisation et d’épanouissement sexuel et maternel atteint, et selon celui de l’investissement de leur féminité. Des comportements d’évitement tels que celui de ne plus se regarder dans un miroir et de se déshabiller dans le noir sont fréquents. Ainsi, un certain nombre de patientes rapportent éviter totalement de regarder leur cicatrice ou être tentée de le faire. Le fonctionnement sexuel des couples dans les suites des mastectomies ou tumorectomies élargies est, comme on peut s’y attendre, très variable, allant d’une diminution de la fréquence et de la satisfaction des rapports sexuels comparées à celles qui précèdent l’intervention à une amélioration de celles-ci. Ces problèmes psychologiques se réduisent cependant progressivement.

 

Suite à la phase de traitement, la phase de rémission entraîne un certain nombre de remises en question et des problèmes spécifiques. Les séquelles de l’expérience cancéreuse peuvent entraîner une angoisse diffuse, une appréhension de la rechute (état que certains dénomment syndrome de Damoclès), ou bien induire chez la patiente un remaniement de son système de valeurs et une maturation émotionnelle. De plus, la transition de l’état de malade à celui de survivant constitue un nouveau changement suscitant à la fois enthousiasme mais aussi anxiété. La modification d’une définition de soi ne pouvant se réaliser instantanément, le passage de la rémission à la guérison ne se fait pas de manière radicale mais constitue un processus d’une durée propre à chaque patiente. La phase de rechute et la phase terminale entraînent une reconfrontation aux traitements et en cas de détérioration irréversible, les processus physiologiques passent à l’avant-plan. Les différentes périodes décrites ci-dessus sont génératrices de déstabilisation psychologique. La limite qui sépare déstabilisation transitoire et adaptation réussie dépendra des caractéristiques et ressources propres à chaque patiente ainsi que des caractéristiques de la maladie considérée et de ses traitements. Il faut à ce stade rappeler que les proches -qui ont un rôle très important de soutien dans cette adaptation- peuvent présenter aussi des difficultés psychologiques.

 

La Clinique de Psycho-oncologie a pour objectif d’aider les patientes et leurs proches à faire face aux différentes crises induites par la maladie cancéreuse et ses traitements, par le biais d’interventions psychologiques variées -individuelles, de couple, familiales ou de groupeet adaptées à chaque patiente et à chaque étape de la maladie et de ses traitements. Ces interventions peuvent consister en des prises en charge brèves ou de plus longue durée en fonction des besoins et souhaits des patientes et de leurs proches.

 

Isabelle Merckaert et Pr D. Razavi Clinique de Psycho-Oncologie et des Soins Supportifs Institut Jules Bordet

 

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Bordet News 78 : Septembre 2006

   

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