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Bordet News n°78 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)
Une nouvelle approche du Dépistage organisé du cancer du sein
Le cancer du sein est le plus fréquent de tous les cancers de la femme. Malgré l’augmentation du nombre de cas, la mortalité liée à ce type de cancer demeure globalement stable, et ce grâce à un diagnostic plus précoce et à des progrès thérapeutiques.
Les études épidémiologiques ont montré l'importance du diagnostic précoce : lorsque la taille de la tumeur est inférieure à un centimètre, sans envahissement ganglionnaire, les chances de survie à 5 ans sont d'au moins 90%, alors qu'elles sont inférieures à 55 % en cas d'atteinte ganglionnaire (plus de trois ganglions envahis). De ce fait, les autorités fédérales en charge de la Santé ont décidé en 2001 de rendre opérationnel un programme de dépistage organisé du cancer du sein en Belgique. Ce dépistage devrait permettre de diminuer de 25 à 30 % la mortalité liée à ce type de cancer en Belgique, si le taux de participation des femmes atteint les 70 %.
En ce qui concerne sa politique de dépistage, la Belgique, à l'instar de la France, a choisi de favoriser le maillage des territoires et l'accès au dépistage en s'appuyant sur l'offre de soins existante.
Le fait que le programme organisé ne repose pas sur des installations radiologiques spécifiques mais potentiellement sur tous les mammographes respectant le contrôle de qualité imposé par le programme, a rendu plus complexe le dispositif mais a aussi permis une plus grande accessibilité au dépistage, tout en respectant le tissu médico-social déjà existant et fonctionnel. La participation globale au dépistage organisé est extrêmement variable selon les régions en Belgique. Il est ainsi plus élevé en Flandre qu'en Wallonie et à Bruxelles.
Lorsque l'on examine la couverture globale de la population (nombre de patientes bénéficiant d'une mammographie de dépistage dans ou hors programme tous les deux ans), les chiffres sont pratiquement comparables dans les trois régions : environ 50 % de couverture. Or, comme nous l’avons signalé, une couverture de 70 % est absolument indispensable pour avoir une efficacité sur la population globale en terme de santé publique. Le programme de dépistage est avant tout un programme de santé publique qui doit être rationnel et fournir une garantie d'efficacité.
En effet, au-delà des aspects de politique de santé, le succès d'un programme de dépistage national repose sur son degré d'organisation et son système d'assurance qualité. Cette qualité a été mise en place dès le début du programme par les radiologues, grâce à leur participation exemplaire au programme de dépistage organisé et au contrôle de qualité qui y est associé. Pour permettre un pilotage coordonné des dispositifs de dépistage sur l'ensemble du territoire belge, un système d'information globale, basé sur des critères scientifiques et organisationnels validés, doit être mis en place. La coordination entre ce système d'information et les acteurs régionaux et/ou provinciaux qui sont les mieux à même de prendre en compte les spécificités locales est indispensable.
L'optimisation de la qualité du dispositif est une priorité afin de garantir à l'ensemble des Belges un dépistage de qualité assuré par la qualité du matériel, la compétence des professionnels formés et l'application des techniques les mieux adaptées en matière de dépistage. Le processus de dépistage doit être considéré dans sa globalité, commençant par la sensibilisation de la population et ne s'arrêtant qu'après la prise en charge appropriée des lésions détectées. Cette prise en charge globale est la seule à même de garantir aux femmes un résultat acceptable dans tous les cas de figures : mammographie négative, nécessité d'examens complémentaires, nécessité de traitement.
Cette nouvelle définition implique un continuum entre responsables de dépistage et responsables des soins. Un meilleur maillage de la prise en charge et donc un contrôle plus précis des gains de santé publique permettront une plus grande acceptabilité tant au niveau individuel que collectif de la démarche de dépistage. Dans l'orientation des femmes vers le dépistage, les médecins (généralistes et gynécologues) ont un rôle majeur à jouer car ils doivent en devenir les prescripteurs. D'autre part, la reconnaissance des fonctions de prévention dans l'exercice des médecins généralistes devrait être accélérée et le public en être informé.
En conclusion :
Augmenter les performances des dispositifs actuels afin d'en faire un instrument incontestable grâce à son efficacité et à son accessibilité est donc l'enjeu du dépistage en Belgique. Ceci est également essentiel pour en garantir la pérennité. Il faut constater en outre que le dépistage n'est que le premier maillon d'une chaîne menant à la guérison des patientes. Le développement d'Unités de Sénologie agréées pour la mise au point et le traitement des cancers détectés est une priorité dans laquelle l'Institut Bordet s'inscrit depuis de nombreuses années.
Echographie des seins : une nouvelle dimension.
L'Institut Bordet a été choisi comme Centre de Référence Européen dans le cadre de l'évaluation clinique d'une technique prometteuse d'examen du sein par échographie tridimensionnelle (avec reconstruction volumique de l'organe). Cette technique fait appel à une évolution poussée des techniques d'acquisition, permettant de les standardiser et donc d'en augmenter les performances dans le cadre du diagnostic et du suivi des lésions mammaires. Cette technique s'avère particulièrement prometteuse dans le cadre du dépistage de lésions chez les patientes à risque ou dont les seins présentent une texture très dense. |
Pr A.-R. GRIVEGNEE, Chef de clinique (Clinique de Dépistage)
Dr D. FONTAINE, chef de clinique (Service de Radiologie)
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Bordet News 78 : Septembre 2006
