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Prof. SalèsPublications

Bordet News 79 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Traitement des métastases de mélanomes localisés à un membre : une première à l’Institut Jules Bordet !

Dans le Bordet News n°77, nous avions annoncé qu’une nouvelle technique de traitement des métastases de mélanome localisées à un membre serait bientôt disponible à l’IJB. C’est grâce à une bourse du Fonds Rucquois que j’ai pu me rendre en Australie pour apprendre la technique " d’infusion de membre isolé ".

 

Le Professeur John Thompson, directeur du "Sydney Melanoma Unit" et inventeur de ce type de traitement m’y a accueilli avec beaucoup de chaleur et de sympathie et m’a initié aux multiples facettes de cette approche.

 

Cette technique consiste à insérer par voie radiologique , sous anesthésie locale, de fins cathéters dans les vaisseaux sanguins principaux du membre à traiter. Le patient est ensuite conduit en salle d’opération pour le traitement proprement dit qui a lieu sous anesthésie générale. Les cathéters sont reliés à un système qui fait circuler le sang et qui le réchauffe entre 38 et 40°C (hyperthermie modérée). Afin d’éviter que le médicament injecté dans le membre ne s’échappe vers le reste du corps, un garrot pneumatique est placé à la racine du bras ou de la cuisse.

 

Du Melphalan (médicament de chimiothérapie) est alors administré à très haute dose dans le cathéter artériel et diffusé lentement dans les tissus du membre. Au bout de 30 minutes "d’infusion", un abondant rinçage du système est entrepris afin d’éliminer toute trace de médicament circulant avant de dégonfler le garrot. Les cathéters sont alors retirés et le patient est réveillé.

 

Ceci est une approche "mini-invasive" des chimiothérapies loco-régionales de membres à comparer aux circulations extra corporelles de membres habituellement réalisées (voir Bordet News n°77). Le temps d’anesthésie est limité à une heure et le traitement est habituellement bien supporté. D’après les études effectuées en Australie sur plusieurs centaines de cas, le taux de réponse est de 91% (38% de disparition complète, 53% de rémission partielle). Lorsque plusieurs infusions sont répétées, le taux de réponses complètes monte à 45%.

 

Cependant, si le principe de la méthode est simple, l’application en est beaucoup plus complexe ! Les

doses de Melphalan sont très importantes et la limite entre l’efficacité et la toxicité est ténue. Après mon retour d’Australie, je me suis attelé à adapter cette intervention pour la rendre praticable chez nous. Après les démarches administratives indispensables (rédaction d’un protocole d’étude et approbation par le Comité d’Ethique), nous nous sommes mis en quête du matériel nécessaire. Nous avons ensuite procédé au LOCE (Laboratoire d’oncologie et de chirurgie expérimentale, attaché au Service de Chirurgie) à de nombreux tests de faisabilité (tests du matériel, études pharmacocinétiques) sur un modèle "in vitro" expérimental mimant au mieux la réalité d’une salle d’opération.

 

Des contacts furent pris avec le Service de Radiologie de l’Hôpital St Pierre et le Dr Delatte, spécialiste en angiographie, a accepté de participer à notre programme. Lorsque tout fut fin prêt, nous avons proposé à l’une de nos patientes présentant de nombreuses métastases inopérables de mélanome localisées à la jambe de bénéficier de ce traitement inédit en Belgique. L’intervention s’est déroulée le 6 novembre 2006 sans problème particulier. La récupération fut très rapide et, après une dizaine de jours d’observation, la patiente fut autorisée à regagner son domicile. Un mois plus tard, elle vaque normalement à ses activités quotidiennes et une disparition partielle des tumeurs est déjà visible.

Cette intervention se pratique dans quelques centres anticancéreux des Etats-Unis d’Amérique et bien-sûr en Australie où elle est considérée comme le traitement standard des métastases de mélanome localisées à un membre.

Quelques patients auraient été traités en Grande- Bretagne mais on ne trouve aucune trace de traitement par infusion de membre en Europe continentale jusqu’à présent.

 

Devant le succès de notre première intervention, le programme continuera à l’Institut Bordet et d’autres patients pourront être traités dans les semaines qui viennent !

 

Dr François Salès,

Chirurgie des tumeurs cutanées, Institut Jules Bordet.

 

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Bordet News 79 : Décembre 2006

   

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