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Bordet News 79 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Fumer ou manger ?

Début 2006, la question était " fumer ou travailler?", en réponse à la mise en application de la législation interdisant de fumer sur les lieux de travail. C’est donc dans une évolution sociale et culturelle logique (et non à contre-courant) que le secteur Horeca est aujourd’hui invité à se mettre à table.

 

A partir du 1er janvier 2007, il sera en effet interdit de fumer dans les restaurants.

 

Avant de nous projeter dans ce futur proche, penchons-nous quelques instants sur ce passé récent et analysons les effets de l’interdiction de fumer sur les lieux de travail pour les travailleurs fumeurs, non-fumeurs et employeurs. Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

 

Rappel : depuis le 1er janvier 2006, il n’est plus autorisé de fumer sur les lieux de travail : bureaux, salles de réunion, halls,WC, réfectoires, ascenseurs, voitures de société, (…), à l’exception des fumoirs, endroits définis strictement par la législation (local exclusivement réservé aux fumeurs, qui ne peut en aucun cas servir aussi de local de détente, de photocopies ou de distributeur de boissons, muni d’un extracteur et hermétiquement fermé).

 

Certaines exceptions existent : homes, prisons, ailes psychiatriques, cafés et restaurants (qui sont des lieux de travail aussi, ne l’oublions pas). Il est important de souligner que l’esprit de cette législation ne vise pas directement les fumeurs mais consiste bien à protéger la santé du non-fumeur (75% des travailleurs) des effets nocifs du tabagisme passif.

En effet, depuis plusieurs années, des études scientifiques démontrent la toxicité de la fumée pour le non-fumeur : augmentation du risque de cancer du poumon, de maladies cardio-vasculaires, pulmonaires, sans compter également l’inconfort immédiat : toux, mauvaises odeurs, maux de tête, irritation des muqueuses, etc.

On avance un chiffre moyen de plus ou moins 1.500 décès annuels parmi les non-fumeurs, imputables au tabagisme passif en Belgique. A titre de comparaison: 1.300 décès imputables aux accidents de la route, 1.800 au suicide, 350 au sida, et 10.000 au tabagisme actif.

Actuellement, après une seule année d’application de cette législation, nous ne disposons pas encore de données scientifiquement évaluées quant aux implications de celle-ci.

 

Toutefois, le Centre de Désintoxication Tabagique des “Amis de l’Institut Bordet”, bénéficiant d’une large expérience dans la mise en place de programmes d’aide au sevrage tabagique en entreprise, peut d’ores et déjà rendre compte de certaines constatations, par ailleurs relayées par d’autres tabacologues, employeurs, travailleurs (fumeurs et non-fumeurs), sondages et enquêtes.

Quelles sont-elles ?

 

1. La législation est respectée et approuvée par une grande majorité :

 de non-fumeurs : 75% des travailleurs ne sont plus exposés à la fumée ambiante

 d’employeurs : diminution des coûts liés au tabagisme

 de fumeurs : diminution du tabagisme chez les gros fumeurs de plus d’un paquet par jour, mais pas nécessairement chez les fumeurs de moins d’un paquet par jour, qui ventilent différemment leur consommation, ce qui constitue un incitant positif à l’arrêt du tabagisme

 

2. Certains employeurs en ont profité pour offrir à leur personnel une aide au sevrage.

Notre centre a ainsi eu l’opportunité de suivre cette année plus de 550 fumeurs répartis en 60 groupes. Malheureusement, ce type d’initiative reste encore insuffisant selon la FEB.

 

3. La tendance des dirigeants d’entreprise est davantage d’inviter les fumeurs à fumer à l’extérieur que de mettre en place des fumoirs (dont les contraintes d’installation posent trop de problèmes logistiques, pratiques et financiers) ce qui est par ailleurs plus bénéfique en terme de santé, puisque fumer à l’extérieur incite davantage à l’arrêt que le fumoir. L’inconvénient étant l’apparition de très nombreux mégots sur nos trottoirs.

 

Qu’en est-il à présent de la nouvelle législation qui va interdire de fumer dans le secteur Horeca ?

1. Elle s’inscrit dans le prolongement des mesures visant à protéger les non-fumeurs des effets toxiques du tabagisme passif.

 

2. Elle sera d’application dès le 1er janvier 2007.

 

3. Elle concerne les lieux de restauration et les établissements Horeca, c’est-à-dire les restaurants, tavernes, brasseries, mais aussi les glaciers, snacksbars, snacks pittas, salons de thé, bars à soupe, salons de dégustation de pâtisseries. Il est toutefois autorisé de prévoir un fumoir séparé à condition qu’il soit hermétiquement fermé (plafond, cloisons et porte), équipé d’un extracteur de fumée et sans présence de nourriture.

 

4. Elle prévoit un certain nombre d’exceptions:

 les friteries avec un maximum de 16 personnes assises ou debout (véridiquement belge !)

 les débits de boissons, sauf s’ils sont situés dans un endroit public étendu et non isolé (terrasse ou café ouverts dans une gare, un shopping center) ou dans une enceinte sportive. Pour pouvoir être considéré comme tel, il faut que l’activité principale consiste à servir des boissons et que si l’offre de restauration existe, elle soit inférieure à 30% de l’ensemble des denrées alimentaires offertes à la consommation.

 

5. Elle suit le mouvement déjà mis en place par plusieurs pays européens où elle est bien respectée et donne beaucoup de satisfaction. Il n’y a pas de raisons que cela ne soit pas le cas chez nous.

 

Notre Centre vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année, en profitant, entre autres, des plaisirs de la table… avec modération.

 

MARTIAL BODO,

PSYCHOLOGUE ET TABACOLOGUE AU CENTRE DE DÉSINTOXICATION TABAGIQUE DES “AMIS DE L’INSTITUT BORDET”.

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Bordet News 79 : Décembre 2006

   

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