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Bordet News 79 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Traitement de la douleur : En pratique pour 2007…

Longtemps considérée comme un "mal nécessaire", la douleur fait maintenant partie des symptômes contre lesquels il faut lutter, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre d’une affection néoplasique. Pour ce faire, le médecin doit disposer de médicaments et de techniques efficaces qui seront accessibles, fiables et bien tolérées par les patients. Ceci est d’ailleurs inscrit dans nos texte légaux : "Toute personne doit recevoir de la part des professionnels de la santé les soins les plus appropriés visant à prévenir, écouter, évaluer, prendre en compte, traiter et soulager la douleur" .

(Loi du 22 août 2002, art.11bis)

 

Toutefois, force est de constater que la réalité est encore fort éloignée d’une situation idéale, même si des efforts sont consentis et des progrès réalisés. Cet article se propose de présenter les différentes ouvertures en matière de traitement de la douleur et de perspectives d’avenir. La formation médicale en la matière reste confinée à des initiatives locales et il n’existe pour l’instant pas de programme facultaire axé sur le traitement de la douleur.

Signalons malgré tout le programme inter-universitaire ("Algology Course") qui regroupe plusieurs universités du pays lors d’une session annuelle d’une semaine. Les sessions ont lieu durant l’automne dans la région spadoise. De même, à l’Institut Jules Bordet, les étudiants en stage reçoivent une formation spécifique en matière d’algologie, sans parler des séminaires conduits en extra muros. Faut-il rappeler l’expertise acquise au fil des années par notre institution qui en fait un centre de référence pour des études cliniques ? Nous avons ainsi été les premiers sur le continent européen à tester les dérivés du cannabis sous forme de spray buccal. Les résultats encourageants seront prochainement publiés dans la presse médicale spécialisée. D’autres projets seront bientôt implémentés chez nous et seront directement liés au traitement de la douleur cancéreuse.

 

Durant l'année 2006, le remboursement de certaines spécialités originales a été acquis, notamment pour le Lyrica® (prégabaline), mais seulement dans deux indications, à savoir les douleurs neuropathiques diabétiques et les névralgies postherpétiques.

Ce médicament a fait l'objet d'études à grande échelle et s'avère un excellent antalgique. Notre espoir est que les indications reconnues soient étendues à d'autres syndromes douloureux. Des contacts seront pris prochainement avec la CRM (Commission du Remboursement des Médicaments).

 

D'autres médicaments sont disponibles mais non encore remboursés. C'est le cas de l'oxycodone (oxycontin®), morphinique de synthèse estimé comme étant 2.5 fois plus puissant que la morphine et dont les indications comprennent, outres les douleurs modérées à sévères, cancéreuses ou non, les douleurs neuropathiques sans distinction. Le remboursement est attendu pour 2007.

 

Une spécialité originale devrait nous arriver pour l'automne 2007. Il s'agit de l'Actiq®, forme sublinguale du fentanyl analgésique bien connu chez nous sous le nom de Durogésic®. Ce produit se présente sous la forme de tigettes dont l’embout doit être badigeonné sur la muqueuse buccale jusqu’à sédation de la douleur. Le délai d’action se situe dès la cinquième minute d’application. Cette forme transmuqueuse également connue sous le nom d’ OTFC pour "Oral Transmucosal Fentanyl Citrate" est spécifiquement indiquée dans le traitement des accès douloureux paroxystiques (“ADP- Breakthrough pain”) chez les patients cancéreux.

 

Ces ADP (Voir illustration) se caractérisent cliniquement de la façon suivante :

1. Episodes douloureux aigus, de survenue rapide, inattendue ou non, dont la durée peut aller de quelques secondes à plusieurs heures avec une moyenne de 30 minutes.

 

2. Facteurs déclenchants identifiables : mouvements divers, toux, déglutition, inspiration profonde, miction, défécation ou non : douleur "en éclair", caractéristique de certaines douleurs neuropathiques.

 

3. Co-existence avec un syndrome douloureux chronique sous contrôle par un traitement adéquat.

 

4. La pathologie sous-jacente est le plus souvent une affection oncologique.

 

Actuellement, il n’existe pour ainsi dire aucun traitement spécifique pour ce type de douleur et il est nécessaire de recourir à des associations médicamenteuses parfois complexes pour soulager les patients souffrant d’ADP. Les démarches qui ont été menées ces derniers mois ont abouti à un accord sur un mode de remboursement spécifique. Nous avons déjà eu l’occasion d’utiliser l’Actiq et les résultats sont encourageants.

 

Pour la petite histoire, la Belgique est le seul pays européen à ne pas encore disposer de ce médicament…

Nous testons également pour l’instant un traitement des douleurs neuropathiques causées par des agents chimiothérapiques (Taxanes, dérivés du platine). Il s’agit de la L-Carnitine, un acide aminé qui a des propriétés "réparatrices" des nerfs lésés par la chimiothérapie (observations préliminaires et tests en laboratoire).

L’étude internationale à laquelle nous collaborons est toujours en cours.

 

En conclusion, nous disposons donc aujourd’hui d’un éventail thérapeutique de plus en plus performant et fiable. L’intérêt croissant des sociétés pharmaceutiques dans le domaine de l’algologie est stimulant pour la recherche et rassurant pour nos patients. Il reste à espérer que le traitement de la douleur sera considéré comme une priorité par nos autorités et que l’analgésie ne sera plus associée à un "traitement de confort" ou un luxe réservé à quelques-uns. Mais que nos patientes et patients se rassurent, le traitement de la douleur est pour nous une priorité au quotidien, et le restera !

 

Dr D. Lossignol,

Service de Soins Supportifs

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Bordet News 79 : Décembre 2006

   

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