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Bordet News 79 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Le ganglion sentinelle : vers une nouvelle approche diagnostique

Le cancer du sein est la pathologie cancéreuse la plus fréquente chez la femme dans les pays occidentaux. Environ, une femme sur huit développera un cancer du sein au cours de sa vie. Les ganglions de la région axillaire sont le site de drainage principal du sein et l’envahissement de ces ganglions par les cellules tumorales est un des principaux facteurs pronostiques du cancer du sein. L’évolution de la maladie sera moins bonne si des ganglions axillaires sont envahis et ce d’autant plus que le nombre de ganglions envahis est élevé. L’exploration du creux axillaire par le chirurgien, et donc le curage de ce creux, sont primordiaux pour établir au mieux le stade exact de la maladie et donc une prise en charge optimale de la patiente ou du patient. Ceci permet, entre autres facteurs, de sélectionner le traitement le plus approprié à la situation. La probabilité de l’envahissement des ganglions du creux axillaire sera d’autant plus élevée que la taille de la tumeur du sein sera grande.

 

Ce curage du creux axillaire, s’il est nécessaire, n’est pas sans inconvénient ni effets secondaires potentiellement handicapants: perte de la motilité de l’épaule, troubles vasomoteurs et lymphoedème plus communément appelé «gros bras».

 

Environ 30 à 40% des patientes porteuses d’un cancer du sein présentent un envahissement ganglionnaire axillaire, cela signifie également que 60 à 70 % n’en présentent pas et ne tirent par conséquent aucun bénéfice de cet acte chirurgical.

 

La technique du ganglion dit sentinelle permet de repérer le premier relais ganglionnaire présumé de drainage lymphatique à partir du site tumoral, de détecter le ganglion qui pourrait potentiellement être le premier envahi. Cette technique a été introduite en chirurgie mammaire il y a environ une dizaine d’années et a été réalisée à l’Institut Bordet chez près de deux mille patientes depuis 1997. Un ganglion sentinelle exempt d’envahissement métastatique permet, avec une assez grande sécurité, d’exclure l’envahissement du reste du creux axillaire et donc d’épargner le curage. Cette technique reste cependant réservée à des patientes avec une tumeur de taille (inférieure à deux centimètres) où le risque de métastase ne dépasse pas les 15%.

 

L’examen anatomopathologique de ce ganglion sentinelle se fait en postopératoire tout comme la tumeur mammaire. En effet, son analyse en per-opératoire par les techniques classiques nécessite un personnel très entraîné et en nombre suffisant. En cas d’envahissement de ce ganglion, un curage sera nécessaire et nécessitera un second temps opératoire ce qui est une nouvelle épreuve à traverser pour la femme.

 

La technique que nous avons mise en place, courant 2006, dans le cadre d’une étude pilote de faisabilité, et qui s’est parfaitement déroulée, nous a incités à poursuivre dans cette voie pour confirmer les premiers résultats. En quoi consiste-t-elle ? Il s’agit d’utiliser une technique sensible de biologie moléculaire (la technique de RT-PCR ou reverse transcriptasepolymerase chain reaction) calibrée pour détecter de manière fiable les micrométastases de cancer du sein dans le ganglion.

Cette technique reproductible et spécifique se réalise durant l’opération, ce qui permet au chirurgien, en cas de résultat positif, de compléter par un curage axillaire en un seul temps opératoire. On évite aussi une nouvelle opération sous anesthésie générale avec une seconde hospitalisation ou une prolongation de celle-ci. En cas de négativité du test, elle permet d’en rester là.

Cette technique nécessite de travailler dans un environnement adéquat (c'est-à-dire confinée à un certain isolement pour éviter les contaminations vu la très grande sensibilité de la technique) et d’être réalisée par un personnel formé à ce type de technique.

 

Cette étude pilote, réalisée conjointement avec des équipes Milanaise et Américaine, a donné d’excellents résultats récemment présentés à Rome et San Diego. Il est maintenant nécessaire qu’elle puisse être proposée à un grand nombre de patientes pour qu’elle puisse devenir un standard.

 

Dr Denis Larsimont, Dr Isabelle Veys, Dr Danièle Noterman,

Dr Jean-Christophe Schobbens, Philippe de Neubourg, Lola Martinez, Dr Francesco Feoli,

Dr Pierre Bourgeois, Prof Jean-Marie Nogaret, Samira Najjaj.

Services de Chirurgie, de Médecine Nucléaire et d’Anatomie Pathologique de l’Institut Jules Bordet.

 

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Bordet News 79 : Décembre 2006

   

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