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Bordet News 81 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Cancer du col de l'utérus et vaccination

Cancer du col, un problème important !

Le cancer du col de l'utérus est le deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes, après le cancer du sein. Chaque année, dans le monde, environ 500 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et presque 270.000 femmes en meurent. Dans notre pays, ce dernier chiffre s’élève à 270. Le cancer du col et son traitement altèrent profondément la qualité de vie des femmes qui en sont atteintes. Le diagnostic et le traitement des anomalies précancéreuses sont le plus souvent source d’une importante anxiété. Enfin, le dépistage et le traitement de cette affection entraînent des coûts considérables.

 

Une infection virale sexuellement transmissible le plus souvent à l’origine de ce cancer

Pratiquement tous les cas de cancer du col (99.7 %) sont associés à une infection par un papillomavirus humain (HPV). On dénombre actuellement plus de 120 types de HPV. Certains types infectent la peau, d'autres les muqueuses de la bouche ou de la région génitale. Les types HPV 16 et 18 sont, à eux seuls, responsables de 70 % des cancers du col. Ils peuvent aussi provoquer d'autres cancers dans la région génitale, notamment de la vulve, du vagin, du pénis et de l'anus. Les types à faible risque peuvent causer des verrues génitales, des infections asymptomatiques ou encore des lésions bénignes des muqueuses. L'infection HPV est l’une des infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes. Même si les préservatifs offrent une protection, ils ne peuvent pas prévenir une infection à 100%. La transmission se fait le plus souvent dans les premières années suivant le premier contact sexuel. Le risque d'infection augmente naturellement avec le nombre de partenaires. Au cours de leur vie, la plupart des femmes et des hommes contracte une infection HPV, une ou plusieures fois, sans même s'en rendre compte. La plupart de ces infections disparaissent en 6 mois à 2 ans sans provoquer de symptômes. Un frottis du col réalisé à ce moment-là peut mettre en évidence des lésions qu'on appelle atypie et dysplasie légère. Mais iI arrive que certains types de HPV s'installent de façon permanente. Les femmes infectées risquent alors de développer, dans un premier temps, des anomalies précancéreuses et, finalement, un cancer du col. Dans ce cas-là, l'évolution est habituellement très lente et s'étale sur des années, voire des dizaines d'années.

 
La vaccination, un nouveau moyen de prévenir le cancer du col

Le dépistage par frottis des anomalies précancéreuses était jusqu'à présent le seul moyen de prévenir le cancer du col de l’utérus. La découverte que le cancer du col était causé par une infection virale a conduit au développement d'un vaccin. Des recherches scientifiques ont démontré que les vaccins contre les HPV 16 et 18 peuvent prévenir à 100 % les anomalies précancéreuses. Ces vaccins sont généralement très bien tolérés.

 

Qui est concerné par la vaccination ?

La vaccination peut prévenir une infection HPV mais n'est pas efficace comme traitement. Il faut donc vacciner avant qu'une infection ne s'installe. Le risque d'infection par le HPV apparaît dès le premier contact sexuel. Le vaccin devrait donc être idéalement administré avant les premiers rapports sexuels. Vacciner plus tard protègera ceux qui ne sont pas encore infectés par le HPV à ce moment-là. Les personnes déja contaminées par un ou plusieurs types de HPV contenus dans le vaccin peuvent encore bénéficier d'une protection contre les lésions provoquées par d'autres types de HPV du vaccin par lesquels elles n'ont pas encore été contaminées.

 

Le Conseil Supérieur de la Santé a récemment publié un certain nombre de recommandations concernant la vaccination contre les infections causées par le HPV.

Il préconise:

● La vaccination généralisée, chaque année, d’une cohorte de filles entre 10 et 13 ans ;

● La vaccination, proposée par le médecin traitant, des adolescentes et jeunes femmes de 14 à 26 ans qui n’ont pas encore eu de contact sexuel et qui n’ont pas été vaccinées dans le cadre de la vaccination prophylactique généralisée entre 10 et 13 ans. Cette offre de vaccination anti-HPV devrait de préférence s’inscrire dans le cadre d’une consultation au cours de laquelle la contraception et/ou les rapports sexuels protégés seraient abordés.

● La vaccination d’adolescentes et de jeunes femmes de 14 à 26 ans, non vaccinées précédemment et ayant déjà eu des contacts sexuels si le médecin traitant le juge utile. Il est recommandé de postposer une grossesse éventuelle jusqu’après la vaccination. A l'heure actuelle, on ne connaît pas encore la durée de protection du vaccin et on ignore si un rappel s’avère ou non nécessaire. Des recherches sont en cours pour évaluer si le vaccin est d'une même efficacité chez les garçons mais, selon des modèles mathématiques, la vaccination des garçons n'apporterait pas beaucoup à la prévention du cancer du col si la vaccination des filles est appliquée de façon générale.

 

En pratique

En 2006, un premier vaccin qui protège contre les HPV 6,11,16 et 18 (Gardasil ®, Sanofi Pasteur MSD) a été commercialisé en Belgique. Ce vaccin est administré par injection intramusculaire de 3 doses sur une période de 6 mois. Le prix de ce vaccin est de l'ordre de 400 euros, montant qui n'est pas (encore) remboursé. Certaines mutuelles le prennent cependant dès à présent partiellement en charge. L’enregistrement d’un deuxième vaccin HPV (Cervarix TM, GlaxoSmithKline) est attendu avant fin 2007.

 

Le dépistage toujours indispensable

L'efficacité de cette vaccination sur l'incidence du cancer du col ne pourra être mesurée qu’au moment où les filles qui auront été vaccinées auront l'âge moyen de découverte de cancer du cancer du col (48 ans). Il est donc impératif aujourd’hui de poursuivre le dépistage du cancer du col par frottis, d’autant plus que 30 % des cancers du col restent causés par des virus non encore couverts par le vaccin. A plus court terme, la vaccination pourrait réduire le nombre des frottis anormaux et dès lors le nombre d'examens et d'interventions liés.

 

Dr Philip De Neubourg,

Département de Chirurgie Mammaire et Pelvienne

 

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Bordet News 81 : Juin 2007

   

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