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Bordet News 81 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)
Rôle du Registre Belge du Cancer dans l’étude des relations entre l’environnement et le cancer.
Le Registre Belge du Cancer est un outil de surveillance épidémiologique : il décrit la fréquence d’apparition de nouveaux cas de cancer de chaque type par âge, sexe, année et lieu de résidence. Il montre l’importance relative, les tendances chronologiques et la distribution géographique des différents cancers, ventilés par âge et par sexe. Pour l’étude des relations entre santé et environnement, le Registre Belge du Cancer représente naturellement une source centrale d’information sur les données relatives au cancer, mais il ne dispose pas de données environnementales (pas de données sur l’exposition des populations).
Bien que le Registre du Cancer existe déjà dans notre pays depuis 1983, l’incidence du cancer en Belgique, largement sous-estimée jusqu’en 1996, ne deviendra utilisable qu’à partir de 1997 en Flandres. En Wallonie et à Bruxelles, les sources de données ne sont pas encore complètes et celles-ci sont à interpréter avec prudence (sousestimation de 20% encore pour l’année 2003). Ce problème devrait se résoudre grâce à la mise en place d’une nouvelle structure, la Fondation Registre du Cancer, qui a pour mission de développer un registre du cancer performant pour les trois régions du pays. Un cadre légal s’est également mis en place, par la publication au Moniteur, en décembre 2006, dans la Loi Santé, des modalités d’enregistrement du cancer en Belgique.
Nous manquons donc actuellement encore de recul pour mettre à jour des tendances chronologiques, mais des constatations peuvent déjà être faites sur le plan géographique: on a observé une incidence significativement plus élevée des mésothéliomes dans certaines régions. Il s’agit de cancers rares de la plèvre causés par une exposition à l‘asbeste. Cette exposition, principalement professionnelle, peut être aussi habitationnelle ou due à la proximité d’un site polluant. Les arrondissements d’Anvers, Malines, Saint- Nicolas et Eclos, zones d’industrie produisant et/ou utilisant l’asbeste (notamment pour l’industrie portuaire) présentent des taux d’incidence significativement plus élevés que les autres régions de Flandres.
Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que, parmi les cancers favorisés par l’ «environnement » au sens large, les modes de vie (tabagisme, éthylisme, alimentation) jouent un rôle prépondérant par rapport aux facteurs polluants. En 2001 par exemple, on a enregistré en Belgique 4356 cas de cancer du poumon chez les hommes (cancer dont l’origine principale est le tabagisme) et 1592 cancers de la sphère tête et cou (cancers favoriés par la conjonction du tabagisme et de la consommation d’alcool), contre seulement 157 cas de mésothéliomes. L’augmentation préoccupante du cancer du poumon chez les femmes dans les 3 régions du pays, qui est surtout le fait de femmes d’âge moyen, est à mettre en relation avec des facteurs comportementaux (augmentation du tabagisme chez les femmes dans la 2ème partie du siècle dernier).
Enfin, l’exemple suivant montre à quel point les interprétations sont parfois délicates et que des facteurs de pollution ne peuvent pas être incriminés d’emblée : les données du Registre ont permis de constater, au cours des dernières années, une plus forte incidence du cancer de la thyroïde en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandres. Cette différence ne peut probablement pas s’expliquer par l’influence de l’accident de Tchernobyl : en effet, on a observé, suite à cet accident, un gradient de contamination radioactive Est-Ouest non superposable à ces différences d’incidence de cancer thyroïdien. Une hypothèse à explorer serait plutôt liée à des évolutions différentes des pratiques chirurgicales dans les différentes régions du pays.
En conclusion
Dans les limites actuelles (peu de recul et données surtout disponibles en région flamande), le Registre Belge du Cancer n’a pas pu mettre en évidence jusqu’à présent d’évolution inquiétante de cancers liés à la pollution en Belgique en dehors des mésothéliomes (pour lesquels des mesures légales ont été prises). La surveillance épidémiologique doit se poursuivre à long terme, de même qu’une exploitation plus approfondie des données disponibles afin de rester vigilant dans ce domaine qui suscite beaucoup d’inquiétudes.
Françoise Renard,
Registre Belge du Cancer
Page 9
Bordet News 81 : Juin 2007
