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Bordet News 84 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Les SIR-sphères dans la prise en charge des tumeurs hépatiques : une technique intéressante et prometteuse!

Ariane Cambier, Secrétaire Générale des Amis

Figure 1 : Les lésions tumorales sont vascularisées à plus de 90% par l’artère hépatique. Ceci permet d’injecter dans cette artère les microsphères radioactives et de les concentrer spécifiquement dans les nodules cancéreux afin de détruire ces derniers.

Ariane Cambier, Secrétaire Générale des Amis

Figure 2 : Imagerie PET/CT montrant une réponse quasi complète chez une patiente présentant une métastase hépatique d’origine colique, inopérable et résistante à la chimiothérapie. A : situation avant traitement. B : évaluation 6 semaines après un traitement par SIR-sphères : il persiste une petite fixation résiduelle de la lésion témoignant d’une destruction quasi complète de celle-ci.

 

Le foie est un organe important et vital. Il est aussi malheureusement souvent le siège, quand le patient est atteint d’un cancer généralisé, d’un envahissement tumoral. Celui-ci peut être de nature métastatique (quand les cellules tumorales ont pris naissance dans un autre organe et se sont par la suite développées dans le foie) ou primitif au foie par la progression d’une tumeur ayant pris directement son origine dans cet organe. L’envahissement métastatique reste la situation la plus fréquente. Dans le cas particulier du cancer colorectal (3ème cancer le plus fréquent dans nos pays occidentaux), 50% des patients vont présenter dans l’évolution de leur maladie des métastases hépatiques et celles-ci seront responsables de plus de 2/3 des causes de décès. C’est dire tout l’enjeu que représente le traitement de cette affection pour une grande partie de nos patients.

 

■ La résection chirurgicale (voire la transplantation pour certaines tumeurs primitives) reste souvent la seule option curative. Les résultats de ces techniques se sont considérablement améliorés ces dernières années à l’échelle mondiale grâce à une meilleure prise en charge tant chirurgicale qu’oncologique.

 

■ Les schémas de chimiothérapie classiques ont également beaucoup évolué, permettant aux patients de vivre mieux et plus longtemps, mais restent malheureusement encore insuffisants. Que faire alors lorsque la chimiothérapie a atteint ses limites et que la chirurgie n’est pas envisageable ? La radiothérapie sélective interne (SIRT pour "Selective Internal Radiation Therapy") peut s'avérer être une option. Elle agit localement en irradiant sélectivement les lésions cancéreuses du foie et en épargnant le foie sain. Alors que celui-ci est en grande partie vascularisé par la veine porte, les lésions cancéreuses hépatiques le sont à plus de 90% par l’artère hépatique. C'est donc dans celles-ci que l'on va injecter des microsphères chargées à l’Yttrium90 (Sir-sphères). Ces microsphères, se concentrant principalement dans les lésions tumorales, délivrent un rayonnement local de l'ordre de quelques millimètres en épargnant le foie sain. En pratique, cette technique est surtout utilisée pour les tumeurs bien vascularisées.

 

■ Il est bien sûr nécessaire de pouvoir réaliser une sélection préalable des patients pouvant bénéficier de ce type de traitement. En pratique, il convient de vérifier la perméabilité des vaisseaux hépatiques (artère hépatique et veine porte), d’exclure un shunt hépatopulmonaire (c'est-à-dire une communication entre les vaisseaux du foie et du poumon qui pourrait provoquer une pneumonie suite à l’irradiation par les microsphères), de vérifier la vascularisation des lésions hépatiques (critique pour une bonne concentration des microbilles dans les nodules) et enfin de s’assurer d’un bon fonctionnement du foie du patient.

 

■ Par son action sur les tumeurs cancéreuses du foie, ce traitement permet de ralentir l’évolution de la maladie, voire même parfois de réduire la taille des lésions et de les opérer. Ce traitement multidisciplinaire, nécessitant l'intervention d’un radiologue interventionnel, d’un isotopiste, et d’un oncologue, a permis d’obtenir des succès thérapeutiques avec des tumeurs naturellement bien vascularisées telles que les tumeurs primitives du foie (hépatocarcinome) ou les métastases des tumeurs neuro-endocrines. Certaines métastases hépatiques du cancer du colon ou du rectum, bien vascularisées, ont également très bien répondu à cette technique.

 

■ Ce traitement reste cependant réservé à quelques centres experts. Il permet d’aider les patients pour lesquels la chirurgie n'est pas envisageable ou pour lesquels la chimiothérapie est devenue inefficace. Elle est porteuse de d'autant plus d'espoir que l’envahissement tumoral du foie reste souvent l’élément pronostic déterminant.

 

Dr Marc Van den Eynde, Dr Patrick Flaman, Dr Philippe Delatte, Dr Alian Hendlisz.

 

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Bordet News 84: Avril 2008

   

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