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Bordet News 85 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)
Le dépistage du cancer colorectal
En Belgique, on recense chaque année 7.000 nouveaux cas de cancer colorectal (CCR). La mortalité reste élevée : le taux de survie global à 5 ans ne dépasse pas les 55 %, mais grimpe à 90% lors d’un diagnostic à un stade précoce. Le cancer colorectal représente 13% de toutes les tumeurs malignes; c’est le troisième cancer par ordre de fréquence chez l’homme (après la prostate et le poumon) et le second chez la femme, après le sein.
Les facteurs de risque
- La fréquence du CCR augmente nettement après 50 ans.
- Dans 25% des cas, on retrouve une prédisposition familiale ou génétique :
- antécédent personnel de polype ou de maladie inflammatoire intestinale chronique (Crohn, Rectocolite ulcéro-hémorragique)
- antécédent familial de cancer ou de polypes
- formes héréditaires (5% des cas) :
. polypose adénomateuse familiale (FAP)
. cancer colorectal non polypeux héréditaire (HNPCC)
Ces personnes à très haut risque sont orientées vers la consultation de génétique et bénéficient d’un suivi spécifique.
- La modification de notre mode de vie semble impliquée dans l’augmentation de la fréquence du CCR : excès de poids, sédentarité, tabagisme, consommation excessive de viande et graisses animales, trop peu de fruits, légumes, fibres,…
Le dépistage
- Dans la majorité des cas, les tumeurs colorectales résultent de la dégénérescence de polypes bénins : 70% de ceux-ci sont des adénomes dont 6% évolueront vers un cancer dans les 5 à 10 ans, raison pour laquelle il est important de les dépister et de les exériser. Dans la mesure où 25% des personnes de plus de 50 ans sont porteuses de polypes, toute la population, à partir de cet âge, devrait donc être dépistée pour le CCR. Le dépistage de masse est déjà organisé dans 13 pays européens dont la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume Uni,…
En Belgique, des projets pilotes et l’application du programme de masse sont en principe prévus dans trois à quatre ans. L’objectif est de proposer à l’ensemble de la population (non à risque) de 50 à 74 ans un test de recherche de sang occulte dans les selles : c’est la stratégie recommandée par les autorités européennes.
- La phase initiale visera à diffuser une large information relative au CCR. Cette approche offrira au médecin généraliste l’opportunité de convaincre ses patients de l’utilité du dépistage. Les avantages, inconvénients et limites des différentes techniques pourront ainsi être abordées.
Le test de recherche de sang occulte dans les selles (Hémoccult) OU GFOBT (GUAIAC FECAL OCCULT BLOOD TEST)
En dépistage de masse, il est établi que le gFOBT réduit de
15% la mortalité due au CCR.
Le test est réalisé à domicile; il est peu coûteux, facile et non
invasif.
Si le test est négatif, il est refait tous les deux ans.
Si le test est positif, une coloscopie est proposée au patient.
Ce type de dépistage n’est bien sûr pas destiné aux patients à
risque dans la mesure où il manque de spécificité (faux positifs)
et de sensibilité (faux négatifs).
En effet, le test ne détecte pas 50% des cancers et ignore 80%
des polypes de plus de 1 cm.
Le test de l’ADN fécal
- La sensibilité de ce test est supérieure à l’hémoccult mais le coût en est aussi plus élevé. Les données disponibles à l'heure actuelle ne sont pas encore suffisantes pour définir sa place dans le cadre du dépistage. Si le test est positif, une coloscopie doit être réalisée.
Le lavement baryté en double contraste
Il s'agit d'une radiographie après injection intestinale d’un lavement baryté. L’examen est long, la préparation similaire à celle de la coloscopie et cette dernière devra de toute façon être réalisée si un polype est visualisé. L’indication relève plutôt donc actuellement du domaine diagnostique.
La coloscopie virtuelle
Examen rapide, réalisé par CT Scanner, non invasif, ayant une bonne spécificité et une bonne sensibilité (sauf pour les polypes inférieurs à 6 mm), il permet également de déceler d’autres lésions abdominales. La préparation est similaire à celle de la coloscopie qui devra se faire dans un deuxième temps si une anomalie est visualisée au scanner. Le nombre de personnes reconvoquées pour une endoscopie classique après une coloscopie virtuelle est non négligeable puisqu'un quart de la population de plus de 50 ans est porteuse de polype.
La rectosigmoïdoscopie ou coloscopie gauche
A l’aide d’un tube souple muni d’une caméra, le médecin visualise les parois du rectum et du sigmoïde. On peut simultanément biopsier et réséquer les polypes. L’examen est rapide (10 mn), nécessite peu de préparation (un simple lavement). Il est proposé tous les cinq ans chez les personnes sans facteur de risque. Si un polype est détecté, la coloscopie totale doit être réalisée pour explorer l’entièreté de l’intestin. Les études suggèrent une réduction de 30% de la mortalité par CCR avec cette méthode qui décèle environ 50% des polypes.
La coloscopie totale
C’est l’examen de référence le plus sensible (95%) pour le dépistage individuel : il est proposé tous les 5 à 10 ans . Il permet le diagnostic (biopsie) et le traitement (résection de polypes). Malheureusement, de nombreux patients refusent de subir un test invasif, nécessitant une préparation lourde et éventuellement une anesthésie par simple déconnection au Diprivan. L’examen dure 10 à 45 mn, nécessite un régime strict et l’absorption de 4 litres de solution laxative. Les complications potentielles sont rares mais existent dans 0.5% des cas : saignement, perforation,… Le coût et l'inconfort de l'examen ne permettent pas de le proposer en dépistage de masse.
CONCLUSIONS
La coloscopie totale reste actuellement l’examen de référence en prévention individuelle puisqu’elle permet le dépistage, le diagnostic visuel, la biopsie et le traitement des polypes.
Dans le cadre du projet de dépistage organisé, le test de recherche de sang dans les selles est à ce jour le seul recommandé. La campagne d’information qui accompagnera le programme permettra de sensibiliser la population à une maladie dont la fréquence et la gravité est malheureusement sous-estimée par le grand public.
Dr Evelyne Staquet,
Clinique de Dépistage, Institut Jules Bordet
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Bordet News 85: Juin 2008
