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Bordet News 86 (Revue des Amis de l'Institut Bordet)

Découverte de nouvelles pistes pour le dépistage du cancer bronchique

Chaque année, le cancer bronchique est responsable de près de 7.000 morts en Belgique et de 1.300.000 dans le monde. Or, le nombre de cas continue d’augmenter. Il représente donc un important problème de santé publique. A ce jour, moins de 15% des patients atteints de cancer bronchique peuvent être guéris. Ce faible taux de guérison s’explique en grande partie par le fait que le diagnostic est généralement réalisé à un stade très avancé de la maladie où les possibilités thérapeutiques curatives sont très limitées.

 

■ Les méthodes de dépistage testées à ce jour (radiographie de thorax, CT-scanner du thorax, examen des expectorations) n’ont pas permis d’améliorer la survie de ces patients. Le scanner thoracique permet certes de détecter de petits nodules (2-3 mm) encore asymptomatiques, mais qui sont déjà des cancers relativement avancés dans le développement de la maladie et donc susceptibles de provoquer des métastases. Il est donc nécessaire de trouver de nouvelles méthodes pour détecter ce cancer plus tôt dans son évolution, aux stades précancéreux, avant que les micrométastases n’apparaissent.

 

■ Les fumeurs développent dans leurs bronches des anomalies correspondant à des stades différents de la formation du cancer bronchique. En partant de l’anomalie la plus bénigne jusqu’à la plus dangereuse, on distingue l’hyperplasie, la métaplasie, la dysplasie légère, la dysplasie modérée, la dysplasie sévère et le carcinome in situ, lequel précède le cancer avéré. Ces lésions précoces sont très souvent invisibles en bronchoscopie classique (examen d’inspection des bronches avec une caméra). Une technique particulière de bronchoscopie, la photodétection, permet de détecter des changements de la fluorescence bronchique sous l’effet d’un laser et, ainsi, de dévoiler ces lésions précancéreuses. Les zones où la fluorescence a disparu sont considérées comme suspectes, sont biopsiées et leur stade est ensuite déterminé lors de leur examen anatomopathologique.

 

■ La photodétection est réalisée à l’Institut Jules Bordet depuis 1996 chez des patients à haut risque de cancer bronchique (tels que les grands fumeurs ou les malades ayant déjà présenté une tumeur pulmonaire ou des voies aériennes supérieures), mais cet examen reste invasif (il est nécessaire d’introduire un mince tuyau dans les bronches) et ne peut donc pas être utilisé en dépistage de routine. Il faudrait donc trouver des méthodes non invasives comme la détection d’un marqueur dans le sang ou dans les crachats. C’est dans cette optique que des recherches sont réalisées à l’Institut Jules Bordet afin de mieux comprendre les mécanismes de la formation du cancer bronchique mais également et surtout d’identifier de tels bio-marqueurs. Pour ce faire, il est nécessaire de comprendre les modifications biologiques successives qui sont responsables du passage d’un stade à l’autre lors de la formation du cancer bronchique.

 

■ Nous avons étudié l’évolution, au cours de la formation de ce cancer, de l’expression des gènes et aussi de toutes petites molécules découvertes très récemment, appelées les microARNs. Ces recherches mettent en évidence des outils plus efficaces pour prédire le risque d’évolution cancéreuse de ces lésions que la simple analyse au microscope. Elles montrent que la formation du cancer bronchique se produit en deux grandes étapes: tout d’abord, un « déverrouillage » progressif du tissu pulmonaire avec la transformation de l’épithélium bronchique normal en un épithélium anormal dit métaplasique qui semble nécessaire pour permettre l’apparition des signes du cancer; ensuite, la transformation maligne proprement dite avec l’apparition des lésions précancéreuses puis cancéreuses. La première étape se produit dans les lésions, depuis l’hyperplasie jusqu’à la dysplasie légère, dites de bas grade et donc relativement bénignes. La deuxième étape concerne les dysplasies sévères et les carcinomes in situ, dits de haut grade, qui sont donc par contre vraiment précancéreux et ont un comportement plus proche du cancer invasif que les lésions les précédant. Les dysplasies modérées se comportent biologiquement tantôt comme des lésions de bas grade et tantôt comme celles de haut grade.

 

■ Ces recherches ont également permis de découvrir des signatures génétiques capables de séparer les lésions de bon et de mauvais pronostic. Nous avons ainsi pu sélectionner dans les lésions bronchiques 1090 gènes dont le niveau d’expression se modifie à partir de la dysplasie sévère -avant la diffusion des micrométastases-, mais pas avant, aux stades plus bénins. Ces gènes pourraient donc permettre de diagnostiquer plus aisément les stades prénéoplasiques les plus susceptibles d’évoluer vers un cancer invasif. L’étude de l’évolution de l’expression des microARNs dans les lésions précancéreuses bronchiques a également apporté une signature biologique différenciant les lésions de haut et de bas grades. Les gènes et les microARNs qui constituent ces signatures sont donc des candidats très intéressants à tester comme marqueurs pour la détection précoce du cancer bronchique. Pour être applicables au dépistage, ces marqueurs vont encore devoir être validés sur une nouvelle population de patients. Si les résultats sont confirmés, nous les testerons dans du matériel plus facile d’accès au dépistage, comme l’examen des crachats et du sang. Biopsie précancéreuse au stade de dysplasie sévèreCes molécules, et en particulier les microARNs, pourraient par ailleurs constituer des cibles contre lesquelles on pourrait développer de nouveaux traitements anticancéreux.

 

■ Les résultats de ces recherches pourraient donc avoir des implications pratiques potentiellement importantes dans la détection précoce des lésions bronchiques nécessitant un traitement. Ces signatures biologiques sont des outils novateurs et prometteurs pour de nouvelles recherches dans le cadre du dépistage et du diagnostic du cancer bronchique. Sans l’important soutien des “Amis”, ces recherches n’auraient pas pu être réalisées à l’Institut Jules Bordet.

Biopsie précancéreuse au stade de dysplasie sévère.

 

Fig ci-contre : biopsie précancéreuse au stade de dysplasie sévère.

 

Dr C. Mascaux Chargée de recherche FNRS -Oncologie Thoracique Institut Jules Bordet

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Bordet News 86: septembre 2008

   

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