Historique
Origine de l'Institut Bordet
De 1935 à 1936
Les universités, cependant, désiraient plus de radium pour
leur recherche : la Fondation universitaire refusa mais Emile Francqui,
Président de la Fondation universitaire, proposa plutôt la
création, à Bruxelles, d'un institut national du radium, unique dans le pays, doté de 10 grammes de radium avec concentration de
toutes les ressources et qui, de plus, travaillerait en collaboration avec
un grand centre hospitalier.
L'Hôpital Brugmann était tout désigné puisqu'il
comportait déjà le service bruxellois des tumeurs sur son
site.
Cependant, le projet s'amplifia : on ne parlait plus d'un institut national
du radium mais d'un centre national du cancer incluant les services
de Dépistage, de Consultations, de Traitements et de Recherche.
Ce projet échoua car il risquait de faire du tort aux autres centres
: à Louvain, par exemple, il y avait déjà un service
de radiumthérapie bien plus important que celui de Bruxelles !
Entre-temps, les locaux de l'Hôpital Brugmann devenaient tout à fait insuffisants.
Le 15 février 1935, la CAP et l'ULB décidèrent
la construction d'un tout nouvel établissement sur le site de l'Hôpital
St-Pierre au niveau du boulevard de Waterloo. L'association fut conclue
pour au moins 30 ans et plus si cela s'avérait possible.
La mission, toujours d'actualité, était triple : prise en
charge des patients par une équipe de médecins de disciplines
différentes mais partageant la même approche de la maladie,
recherches médicales afin de mieux combattre le cancer, et enseignement
des méthodes thérapeutiques et de recherche.
Cette localisation était jugée plus centralisée d'un
point de vue urbain que celle de l'Hôpital Brugmann à Jette
et permettait de profiter de la proximité des laboratoires de l'école
de Médecine inaugurés en 1930, des services
généraux de l'Hôpital universitaire St Pierre (dont
les nouveaux bâtiments allaient être inaugurés en
1935), de l'école universitaire des infirmières hospitalières,
et de l'école des infirmières visiteuses. (Ces deux appellations
d'infirmières n'existent plus : l'hospitalière était
celle qui travaillait en hôpital et la visiteuse, celle qui travaillait
en soins à domicile. Le terme a évolué ensuite vers
celui d'infirmière sociale; quant à celui d'hospitalière,
on a dit ensuite: infirmière graduée hospitalière,
par opposition à l'infirmière brevetée. Actuellement,
on dit infirmière graduée).
La direction scientifique serait assurée par l'Université,
grâce à un conseil composé de 13 membres (au lieu de
8 en 1925 à Brugmann); la gestion hospitalière serait assurée
par la CAP.
Le nouvel institut comprendrait un quartier pour "malades payants"
et un service des Tumeurs appelé "Institut Jules Bordet".
Le nom de Jules Bordet avait été proposé par
la CAP le 21 juin 1935 : Jules Bordet, en effet, avait
fait partie dès 1924 à la direction scientifique du centre
des Tumeurs; il s'était illustré par ses découvertes
en microbiologie, couronnées par un Prix Nobel en 1919,
et par l'éclat de son enseignement.
Le quartier pour non-indigents serait appelé "Clinique Médico-Chirurgicale
Paul Héger" en mémoire à l'ancien Président
du Conseil d'Administration de l'ULB qui cimenta l'union entre l'ULB et
la CAP et qui participa à l'élaboration du premier centre
des tumeurs.
Cette clinique serait complètement distincte du reste; elle aurait
son entrée à part et permettrait aux personnes aisées
de se faire soigner par des médecins de leur choix, moyennant honoraire.
La gestion de la cette clinique serait assumée entièrement
par la CAP.
Grâce à la Fondation Nationale du Cancer, l'Institut Bordet
disposerait de 6 grammes de radium.
Les hôpitaux publics jusqu'en 1925 étaient exclusivement
réservés à la classe indigente : c'était donc
la première fois à Bruxelles, qu'une institution publique
allait inclure une clinique destinée également aux "malades
payants".

Ce nouveau bâtiment serait construit sur une partie du quadrilatère
formé par la rue aux Laines, la rue Breughel, la rue de la Gendarmerie
(actuellement, rue Héger-Bordet) et le boulevard de Waterloo, en
prolongation avec l'hôpital St-Pierre, la Faculté de Médecine
et l'Institut d'Anatomie Pathologique.
Les bâtiments auraient la forme d'un L dont l'une des parties (aile
H) serait destinée à l'hospitalisation et l'autre (aile T)
aux traitements.
Le 30 mai 1935, à la suite d'un concours organisé par la CAP, deux architectes, Gaston Brunfaut et Stanislas Jasinski, furent désignés. Les deux architectes travaillèrent
en harmonie : G. Brunfaut s'occupa plus spécifiquement de l'aile
H et S. Jasinski de l'aile T.
Les travaux de construction de gros oeuvre et de parachèvement furent
adjugés à la S.A. Gve Mommaerts et Cie pour le prix de 11.911.138
francs belges.
L'ensemble des constructions, de l'équipement et de l'ameublement
donnèrent lieu à une dépense évaluée
à 20.078.000 de francs sans le terrain.
Une dévaluation du franc en janvier 1936 va contraindre,
cependant, les deux architectes à bannir tout luxe dans la construction
et à supprimer, entre autres, l'aile spéciale prévue
pour les consultations à l'angle de la rue Breughel et du boulevard
de Waterloo.
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