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Historique

Jules Bordet (1870-1961)

Le portrait de Jules Bordet par Paul Delvaux : Une rencontre de géants.

Toute utilisation de cette image est soumise à des droits d'auteur
"Portrait de Jules Bordet"
par le peintre belge Paul Delvaux.
© Fondation Paul Delvaux, St. Idesbald - SABAM Belgium 2002
Ce tableau, en effet, a permis de lier pour un temps un grand peintre, docteur honoris causa (1979) de notre Université, à deux illustres docteurs en médecine, également de notre maison : Jules Bordet (Prix Nobel 1919) et Albert Claude (Prix Nobel 1974). Le 50ème anniversaire de l'Institut Bordet fut l'occasion de célébrer cette rencontre privilégiée entre l'Art et la Science en exposant ensemble le tableau représentant le savant et les nombreux dessins préliminaires de l'œuvre, inédits pour la plupart. A la demande du Fonds Jean-Claude Heuson, la Fondation Paul Delvaux a accepté généreusement, pour la durée de cette exposition, de les confier aux Amis de l'Institut qui lui en furent très reconnaissants. Les visiteurs de l'exposition ont ainsi pu apprécier le talent et la conscience avec lesquels le peintre a conçu et réalisé son travail.
Le maître, a évoqué en termes simples certains des souvenirs qu'il a gardés de cette rencontre, amenée par Albert Claude.
Il s'agit, pensons-nous, d'un document qui intéresse l'histoire de la vie culturelle de notre Université et nous le reproduisons ci-dessous avec l'accord de la Fondation Paul Delvaux.
Adaptation de la préface de la revue éditée par les Amis de l'Institut Bordet à l'occasion de l'exposition "Oeuvres d'art belge contemporain", organisée à l'Institut Bordet dans le cadre de son cinquantième anniversaire, du 5 au 19 novembre 1989.

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Etude préparatoire pour le "Portrait de Jules Bordet"
© Fondation Paul Delvaux, St. Idesbald - SABAM Belgium 2002
"En 1950, Albert Claude, que je ne connaissais pas et qui revenait des Etats-Unis pour prendre la direction de l'Institut Bordet, me demanda de faire le portrait de Jules Bordet pour le compte de son Institut. Il n'avait pas encore obtenu l'accord de l'Université pour cette commande mais je lui ai répondu que de toutes façons j'allais faire ce portrait quelle que soit la décision de l'Université, parce que ça m'intéressait de le faire, que dès lors la seule chose qui comptait pour moi était que le tableau soit réalisé, et qu'il restât par la suite dans mon atelier ou ailleurs ne m'importait guère. Je ne savais rien de Jules Bordet, alors âgé de quatre-vingt-cinq ans, sinon qu'il était un grand savant, notre premier Prix Nobel de Médecine, et qu'il avait isolé le microbe de la coqueluche. J'ai commencé mon travail par une série de grands dessins d'après nature, chez lui, dans son appartement situé, si je me souviens bien, avenue de l'Université. Il se méfiait visiblement de moi et nous parlions peu. D'ailleurs nous n'étions pas là pour bavarder. Cependant, je me souviens encore, quarante ans après, qu'il me dit n'avoir jamais bu de sa vie, ni un verre de bière, ni un verre de vin, que l'important en Recherche est de ne jamais rien laisser passer.
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"Etude du buste de Jules
Bordet" (1950-1952),
© Fondation Paul Delvaux,
St. Idesbald - SABAM Belgium 2002

J'ai pensé d'emblée à le représenter la nuit, comme une apparition, celle d'un homme âgé qui revient hanter le laboratoire de sa jeunesse. Mon idée était d'essayer de dégager par le tableau une impression de mystère, souvent absente du laboratoire conventionnel. Mais, celui de Jules Bordet ne l'était pas; il se trouvait dans les locaux de l'Institut Pasteur, rue du Remorqueur, près du Quartier Léopold, du Musée Wiertz et du Musée d'Histoire Naturelle. C'était une vaste pièce de style 1905, avec de grandes fenêtres à croisillons, par lesquelles on voyait, en face, des immeubles de la rue Belliard. Ce laboratoire a été très difficile à dessiner, étant une mer, ou mieux un fouillis d'éprouvettes et de pipettes où un ordre existait sans doute mais n'était pas apparent. Il y avait aussi un évier et une vieille casserole. J'ai pu ensuite commencer mon tableau en m'aidant d'une photo du savant et de mes dessins, sur un très beau et très lourd panneau de bois fourni par Albert Claude. Une fois les éléments de ma composition mis en place, Jules Bordet est venu poser deux fois dans mon atelier. Plus tard, il m'a téléphoné pour avoir des nouvelles du tableau. Je lui ai expliqué ce qu'il en était; alors, il m'a dit pendant trois quarts d'heure qu'il n'était pas d'accord avec ce que je faisais, parce qu'il n'avait jamais travaillé de nuit dans son laboratoire, que j'y avais mis des becs de gaz alors qu'il n'y en avait jamais eu, qu'il ne voulait pas être représenté avec les mains dans les poches et, enfin, qu'il refusait "l'énorme" rosette de la Légion d'Honneur que j'avais "placardée" sur le revers de son veston. De toute évidence, le grand savant ne réalisait pas qu'un tableau est un tableau. Alors, je lui dis de venir le voir, une fois terminé. Il l'a fait et semble avoir été séduit car après l'avoir longuement inspecté, il a répété à trois reprises: "mais, ce n'est pas si mal!". Cependant, je n'avais rien changé à la conception de mon tableau, sauf que je crois me rappeler avoir fait la rosette un peu plus petite, mais je n'en suis plus sûr. Par la suite, je n'ai plus jamais eu de contacts avec Jules Bordet. En revanche, j'ai noué des liens d'amitié avec Albert Claude, cet autre découvreur qui, lui, aimait mon tableau. Il m'apprit que son travail expérimental reposait sur l'application à l'étude de la cellule de deux découvertes, récentes à l'époque, le microscope électronique et l'ultracentrifugeuse sur coussin d'air, dues, dans leur principe, à l'imagination du Professeur Emile Henriot, titulaire de la chaire de Physique à la Faculté des Sciences de l'ULB. J'ai passé de bien agréables soirées dans mon atelier de Boitsfort, en compagnie d'Albert Claude et de Paul Brien, ce narrateur d'une éloquence et d'une verve intarissables, que je connaissais depuis qu'il m'avait abordé pendant la guerre au Musée d'Histoire Naturelle, alors que je dessinais des squelettes avec, disait-il, une si grande précision. Le tableau, terminé en deux mois, est allé, une fois verni par Tam, mon épouse, dans la maison qu'Albert Claude habitait avec sa mère et son frère à Ixelles, rue des Champs-Elysées. Il y est resté jusqu'au moment où l'Université l'a acquis pour la somme de 50.000 Fr".
Paul Delvaux
 

   

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